Dimanche 27 septembre 2009
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10:25
C'est vrai, en guise de quelques jours, j'ai en fait pris quasiment un mois...Mais, bon, à garder la tête dans le guidon constamment, on finit par ne plus voir ce qui se passe autour. Et autour, ben c'était l'été!...
Vers la fin août, lorsque je me suis rappelé que j'avais un bateau, je me remettais en train pour achever les travaux de gros oeuvre de la reconstruction de la coque de La Mauresque, à savoir remettre par dessus le premier pli de contreplaqué, deux autres couches du même "bois" de plus fine épaisseur ( quatre millimètres exactement ) croisées entre elles et inclinées à 45° (à l'oeil américain...) .
Pour cela, les ingrédients sont simples : - quelques dizainesde kilos de résine époxy bien poisseuse...
-de la poudre de silice qui fait éternuer, mais indispensable pour la solidité
-de la fibre de verre broyée ,elle c'est pour donner un peu d'élasticité
-de fines planches de contreplaqué (j'avais opté pour 4 mm d'épaisseur) que l'on coupera délicatement en fines lames de 6-8 cm avec ...une grosse scie circulaire!
-des petites cales de 4 cm par 4 cm de contreplaqué fin (4 mm d'épaisseur,décidément c'est la série...), vous verrez c'est trés pratique pour virer les milliers d'agrafes que vous aller disséminer sur l'ensemble du bordé (la coque,quoi...) !
-des agrafes,des milliers!,de 14 millimètres d'épaisseur pour mon cas j'avais calculé : première couche=8mm d'épaisseur, deuxième couche =4mm d'épaisseur, plus la cale de 4mm . d'épaisseur, plus un peu pour la colle, j'avais une marge d'au moins 2 mm avant que l'agrafe ne transperce.Et si vous pouvez trouver une agrafeuse pour les fixer, vous verrez c'est trés efficace (qu'elle soit manuelle, le modèle pro, électrique ou pneumatique)
-un petit rabeau à main, à la lame bien aiguisée, parce-qu'avec, c'est plus facile de faire joindre bord-à-bord des lattes droites sur une coque ronde...
-une spatule dentée pour appliquer la colle, ainsi que quelques autres outils fabriqués maison au fur et à mesure des difficultés rencontrées (du style: le couteau piqué dans la cuisine, et qui ne la reverra jamais -d'ailleurs, on vous posera la question : "c'est pas toi qui a pris le grand couteau noir?"..., mais il est tellement parfait pour enlever les agrafes...)
-une bonne longueur de patience, et quelques poignée de jurons, pour quand la patience ne suffit pas...
- des gants en latex ,parceque ,décidément, quand elle a décidé de se coller quelque part, cette satanée résine...
Quand vous avez tout ça, y'a plus qu'à jouer!
Alors,évidemment,on mélange pas tout ça dans un chaudron d'eau bouillante en récitant des formules magique pour que ça se mette en place tout seul...
Ma méthode consistait à faire le boulot en deux temps : le premier temps, c'était la disposition à blanc de toutes les lattes ajustées le long de la coque. Le deuxième temps consistait à repérer et démonter les lattes et les remonter avec la colle. Pour la disposition à blanc, je disposais collée la première latte, gardée droite sur ses deux chants, à peu prés au milieu de la coque , environ à 45° de l'horizontale (ou la verticale, à vous de choisir...). Elle deviendrait le repère de toute la construction à suivre.Lorsque je rapportais la deuxième latte contre la première, un jour en forme de banane se dessinnait entre les deux bords.il suffisait de rapporter ce tracé (par la méthode du trusquin, voir de l'oeil américain...), et de raboter l'excédent. le bord coupable réajusté, je l'agrafait à blanc et passait à la suivante . A blanc, ça veut dire fixé de manière provisoire,c'est vrai je commence à mettre plein de mots techniques qui veulent pas forcément dire quelquechose pour tout le monde.... Un chant ,dans le petit monde du bois, c'est la section qui correspond à l'épaisseur, et l'oeil américain, c'est quand même un peu à l'arrache comme méthode, des fois...En deux jours, une demi coque était recouverte, deux jours de plus et le pli était repéré pour être ensuite démonté et enfin collé. Soit deux plis ajustés et collés sur les deux cotés en seize journées...Et là vous prenez l'ampleur de tout ce qui s'est passé ces huit ou dix derniers mois! La coque est enfin remplacée...Aprés, il y a le boulot beaucoup moins passionnant qui consiste à stratifier cette joli coque en bois presque brut...puis les dizaines d'heures que l'on passe à enduire et poncer, et réenduire et reponcer,jusqu'à ce que l'oeil irrité de poussière décide qu'il n'y a plus d'irrégularité...et enfin la peinture que j'ai préféré laisser à un maître de l'art, ne connaissant pas moi-même la pratique.
Enfin,je dois avouer que tout cette partie de finition je ne l'ai attaquée que le printemps suivant, car nous étions arrivé tard dans l'été indien.
Mais je pouvais d'ores et déjà considérer la partie gagnée,la Mauresque était enfin redevenue le petit cotre robuste qu'il avait dû être pendant des dizaines d'années.Et je n'en était pas peu fier!
Je ne suis pas sûr que la suite de cette restauration soit passionnante. Comme je l'écris plus haut, ça consiste à beaucoup de poussière, les mains souvent pleine d'un truc poisseux,ou d'un autre,et de quelques jurons aussi, quelques fois, surtout quand "ça veut pas rentrer!"...
On voit l'intérieur se façonner trés vite, ajusté avec quelques fois, des ruses qui feraient hurler un bricoleur amateur!, on voit cependant moins rapidement la transformation de ces planches en bois brut, en le beau vernis laqué auquel ils sont sensés aspirer un jour...parcequ'il y a des fils électrique et de la plomberie à passer partout, parcequ'il y a tout un tas d' inutilités indispensables à installer, parce qu' aussi,"on s'est bien donné, on peut se lâcher un peu..." .
Ca donne que finalement pour en arriver à ça:
Il m'a fallut trois ans de plus...Le principal c'est d'y arriver,non?
En plus, dans cette histoire, j'y ai gagné un métier...Qu'est-ce que vous croyez? Quand un monsieur vient vous perturber dans votre action, en vous expliquant qu'il a des problêmes sur son bateau, et qu'il a bien l'intention de vous arracher à votre travail pour que vous régliez SON problême,moyennant indemnités - bien entendu...- vous vous dites que finalement vous allez peur-être pouvoir changer le vieux moteur poussif du bord ou telle voile qui auraient pu malgré tout, faire encore un peu de temps...Et vous réglez le problême du monsieur...avec le sourire...Et de fil en aiguille, le métier s'acquiert.
Pour ma part, moi qui ne savait pas dans quel sens on tenait un ciseau au début de cette aventure, je pense ne pas trop mal me défendre maintenant, dans ce qui est des travaux du bois et de certaines choses en composite...
Maintenant, où est-ce que j'en suis de ce beau projet de retourner dans mon cocotier? A vrai dire, toutes ces années passées m'ont un peu éloigné de tout ça...Il y'a longtemps que je n'ai plus de nouvelles de la clique à Roberto, et, avec le temps ,je trouve ma belle Mauresque de plus en plus petite...Mais tellement charmante!
Alors pour l'instant, je me contente de lui faire faire des petits bouts de chemin en visant tranquillement un cap sur le nord de l'Espagne, m'habituant pour de vrai à elle, dont finalement depuis 10 ans, je ne connais que l'anatomie...Je découvre sa personnalité, ses envies, ses humeurs...Et tout doucement se redessinnent les ombres de mes utopies, avec des nuances en plus!... Alors ,va-t'elle s'envoler, cette Mauresque?...
Démontage de la préceinte babord.Le pont allait bientôt suivre
ensemble membrures bordés. la quille reçoit l'aileron (en orange).